Dans le sillage de notre cher Abbé Luc Lysy, un an déjà…

Voici près d’un an maintenant que notre cher Abbé Luc Lysy s’est éteint.  C’était le dimanche 29 mars 2020 qu’il est décédé, à Loverval, des suites d’une longue maladie. Il avait 64 ans.  Nos communautés chrétiennes n’ont pas pu rendre hommage à cet homme empreint d’humanité, d’humilité, de conviction…   Pour cause de mesures sanitaires. 

Il était prévu que nos communautés puissent lui rendre hommage lors d’une célébration présidée par l’Évêque de Tournai, Mgr Guy Harpigny, le samedi 27 mars 2021 à 11h en l’église St-Christophe. Malheureusement, la Covid19 en a décidé autrement…   La messe d’action de grâce en sa mémoire sera donc célébrée avec la seule présence de 15 personnes de la famille et des proches selon les règles sanitaires en vigueur. 

Pour permettre à chacun de participer à distance, cette célébration sera retransmise en direct sur https://youtu.be/ChykvGXvlTg sur Youtube et sur la page https://www.facebook.com/unite.pastorale.charleroi Face Book de l’Unité Pastorale de Charleroi.

Ce même samedi, la basilique St-Christophe sera ouverte toute la journée pour offrir la possibilité de se recueillir et de poser un geste en mémoire de Luc Lysy, en déposant une petite lumière dans le chœur sur les marches de l’autel, auprès de sa photo. De brefs temps de prière seront proposés à 9h, 10h et 15h.

À chacun et chacune, sera remise une brochure intitulée « Paroles données » avec des textes de l’abbé Luc Lysy.

Pour rendre hommage à Luc, nous avons décidé de republier un texte écrit par l’Abbé Paul Scolas lors de son décès.

Dans le sillage de Luc … (un texte de Paul Scolas)

 Après plusieurs mois de souffrances, après avoir fait, en pleine conscience, le choix des soins palliatifs où il a trouvé la paix, Luc Lysy, doyen de Charleroi, nous a quittés. Il laisse un vide, il laisse surtout une trace.

Luc était né en 1955 à Warneton (Comines), l’autre bout du Hainaut. Ordonné prêtre en 1979, il a vécu tout son ministère au pays de Charleroi : Fontaine-l’Evêque, Courcelles, Jumet et, depuis une quinzaine d’années, à Charleroi même comme doyen pour toute la région. Il avait de tout son cœur et de tout son être adopté la ville et le pays de Charleroi.

Témoin entre autres, cette longue démarche de rencontre et d’échange en profondeur avec les acteurs et actrices de différents mondes (enseignement, santé, politique, culture, économie …) et de multiples associations. Elle a conduit à une très large assemblée en 2011 à propos de la façon dont se vivait, à Charleroi, l’estime de soi. Question qui se pose, là en particulier, avec acuité.

Luc savait saisir avec finesse et pertinence les grands enjeux à la fois de la vie sociale et de la vie ecclésiale sans jamais les séparer. Et cette attention l’ouvrait à une véritable vision prophétique de la réalité. J’ai rencontré peu de personnes qui proposaient une telle vision à la fois profonde, large et longue.

L’appel du pape François à ‘sortir’ trouvait chez lui plus qu’un écho. A ses yeux, les expériences de rencontre et d’écoute affermissaient « la conviction que les communautés chrétiennes ne vivront que si, dès maintenant nous ‘sortons’ et si nous fondons les renouvellements sur cette ‘sortie’ – et non l’inverse : d’abord fonder entre nous et puis ‘sortir’. Il est vraiment bon que nous nous rendions présents aux chemins d’humanité où tant de nos contemporains cherchent, se dépensent, inventent, attendent un compagnonnage, errent aussi ou se perdent… Il y a, je crois, dans la mystérieuse réalité de l’Église et des communautés chrétiennes, quelque chose comme une sève de renouvellement propre à notre foi et qui va bien à notre humanité. »

Une amie commune qui, comme moi, a beaucoup collaboré avec Luc le caractérisait ainsi : humanité, humilité, conviction. Humanité. Il se sentait concerné et ne cessait de chercher à comprendre comme artiste qu’il était, comme grand lecteur dans tous les domaines, comme homme de relations et d’échanges, ce qui fait vivre les humains. Humilité, une vertu qui ne fait qu’un avec une véritable humanité. Il menait une vie simple dont il maîtrisait mal les aspects pratiques. Il n’a jamais cherché les honneurs et les titres, il les fuyait plutôt. Ses convictions qui s’enracinaient dans l’Évangile du Christ, Luc savait les exprimer posément dans ses remarquables homélies par exemple, mais aussi avec audace et sans peur lorsque cela s’imposait.

Dans sa vie personnelle comme dans ce qu’il initiait comme pasteur, il a fait beaucoup de place à l’écoute de la Parole qui se donne en particulier dans les Écritures. Il en parlait ainsi : « Les chrétiens assurent chez nous depuis des siècles une présence qui, ni groupe de pression ni cellule d’action, s’apparente à la présence d’un corps, faite de parole et de silence, de gestes et de signes, de doigté, de regard et de parfum… avec, bien sûr, des lourdeurs, des maladresses, des odeurs indésirables… ! Qu’est-ce qui a maintenu l’Église dans cette présence au fil du temps et malgré ses côtés fragiles ou malvenus ? Ce n’est ni la défense à tout prix de valeurs inchangées, ni le maintien obstiné de traditions et de pratiques immuables, ni l’affirmation répétée de vérités éternelles… Toutes choses qui ne peuvent qu’accentuer les rides et entraîner l’essoufflement mortel. C’est la Parole ! Parole qui n’est pas qu’un livre – la Bible. Parole qui est Quelqu’un, nous le croyons. Parole de Dieu, nous l’appelons telle. Parole dont la Bible est en quelque sorte le corps d’écritures. Pour l’Église, la Parole n’est pas sa référence, elle est le lieu de sa naissance continuelle. »

Que la rencontre de Celui qui est la Parole soit naissance pour Luc.

Paul Scolas

À l’occasion des 350 ans de la Ville de Charleroi notre Abbé Luc avait composé une prière pour la région.

La voici dans son entièreté, elle est toujours bien d’actualité…

“Dieu notre Père,
tout-puissant et miséricordieux,
par ton Fils Jésus que tu as ressuscité d’entre les morts,
nous vivons de la vie nouvelle que tu nous donnes.
Écoute la prière de tes enfants:
fais rayonner la lumière de ton amour
sur le Pays de Charleroi et ses environs.
Depuis des siècles, tant d’hommes et de femmes,
arrivés de régions proches et lointaines,
cherchent ici ce qui trouve en Toi sa source
et qui donne force et consistance à la vie humaine.
Ouvre les portes et les cœurs:
que ton Fils, Prince de la Paix, Visage de ta Miséricorde,
vienne y faire sa demeure.

Seigneur Jésus Christ Ressuscité,
notre Joie et notre Paix,
tu connais les espoirs, les peurs et les détresses des hommes.
En ce jour, nous te prions:
que ta présence, en nos communes et localités,
anime le désir d’une vie fraternelle,
qu’elle protège les plus fragiles du froid de l’indifférence
et des vents du mépris et du chaos.
Toi qui es le Visage de la Miséricorde du Père,
bénis ceux qui cherchent à bâtir la fraternité et l’hospitalité,
et n’enferment personne dans sa différence,
ni ne donnent prise à aucune violence
au nom de quelque cause que ce soit ou en se revendiquant de ton Nom.

Esprit Saint, Esprit d’amour,
renouvelle en notre région et dans ses mouvements incessants,
ses rencontres innombrables, ses fêtes et ses drames,
la confiance et l’espérance.
Allume le feu de ton amour au cœur de nos cités
avec leur histoire de labeur et d’arrachement à la misère,
de glorieuse transformation de la matière par le feu et la sueur,
d’incertitude aujourd’hui et de volonté de renaissance.
Sois la force de tant de saints cachés
sur qui peuvent s’appuyer les souffrants et les petits.

Gloire au Père, au Fils et au Saint-Esprit,
au Dieu qui est, qui était et qui vient, pour les siècles des siècles.

Amen”

De nombreux textes ont été écrits par l’Abbé Luc Lysy sous forme de réflexions et d’homélies.  Nous en avons sélectionné l’un ou l’autre  qui nous parlent  plus particulièrement en ce temps de crise sanitaire.

 

 Chemin

Je vous souhaite (…) d’être en chemin. J’aime autant vous dire « être en chemin » que « rester en chemin ». Parce que « rester » a toujours un peu la connotation d’une fixation, et occulte le côté de commencement permanent qui me semble riche dans cette attitude. Car être en chemin suppose de quitter toujours : être quitte, être libre de… à tout moment à nouveau. « Quitter » pour « aller vers » procède d’un refus, d’une négation : refuser qu’il n’y a rien, refuser que rien ne vaut la peine, refuser que tout est indifférent.

(…). Il y a quelque chose ! Qui entraîne la mise en route, qui fait courir le risque de l’existence et mener le bon combat.

Extrait de : Souhaits pour un temps de crise, 2012

Crise
C’est une évidence, nous vivons perpétuellement sur fond de crise. Une crise qui, comme nous savons, n’est pas qu’économique, loin s’en faut ; elle affecte tous les domaines : les institutions, les valeurs, la culture, la famille, les convictions, etc…  Une crise qui semble être désormais notre demeure. Cette situation qui est la nôtre, qu’exige-t-elle de nous ?

Extrait de : Nouvelles et Partage, janvier 2014

Église
L’Église est ainsi faite, qu’elle n’est vraiment elle-même qu’en dehors de chez elle.
Extrait de : Chantiers, n° 13, mars 2012

Église
L’Église n’est vraiment elle-même que lorsqu’elle offre d’abord des espaces où l’on peut se sentir chez soi. Non pas une organisation utilitaire, qui requiert d’entrer dans ses moules, qui emploie des personnes à sa propre subsistance et opère un dispatching des rôles à ses fins, qui permet éventuellement la course à la carrière… ! Mais un espace de relations où vous pouvez séjourner, qui vous permet de faire de ce que vous êtes votre demeure et d’habiter vos relations, de flâner plutôt que d’errer dans le désert de la violence et de la désolation.
Extrait de : Chantiers, n° 5, mars 2010

Dans la brochure « Paroles données » vous pourrez retrouver une sélection de textes écrits par l’abbé Luc Lysy.

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