Un hommage à l’abbé Luc Lysy : le texte de l’homélie de sa messe d’action de grâce

Notre Région Pastorale a rendu hommage à notre cher Doyen Luc Lysy trop tôt disparu voici près d’un an maintenant.  Une Célébration d’action de grâce s’est déroulée ce samedi 27 mars 2021 en la Basilique Saint Christophe à Charleroi.

En mémoire de notre cher Abbé Luc Lysy, nous vous partageons le texte de l’homélie rédigé par l’Abbé Paul Scolas à cette occasion.

Ayant une pensée dans nos prières en cette semaine sainte pour ce cher Luc.

Pour Luc Lysy 

Homélie

Le lieu d’où je parle maintenant et qui est la table de la Parole, la table où la Parole nous est offerte en nourriture, ce lieu, Luc l’a intensément habité.

Il s’est laissé lui-même habiter et façonner par une parole qui offre de naître et de renaître. Une parole qui crée du bon et du beau et qui s’émerveille : Et Dieu vit que cela était bon ! Cet émerveillement devant la beauté du monde a profondément animé et illuminé toute l’existence de Luc.

Cette parole de naissance, elle est inséparablement humaine et divine, tellement humaine et donc divine. C’est pourtant une parole faite chair. Pas des mots, mais un visage, un corps humain dans sa beauté et sa fragilité. La chair humaine de Jésus qui s’approche, comme il s’approche du tombeau de Lazare, et nous touche pour que nous soyons vivants.

Luc avait voulu ce lieu avancé vers l’assemblée pour que cette parole retentisse au plus près de chacun et puisse éveiller. Il l’avait demandé à un artiste verrier du Pays de Charleroi où l’industrie du verre précéda celle de la houille et de l’acier, pour que la parole retentisse au cœur même de ce qui fait notre histoire commune d’hier et d’aujourd’hui.

Le cœur de cette parole vivante, nous l’avons entendu : « A celui qui a soif, moi, je donnerai l’eau de la source de vie, gratuitement » et surtout : « Je serai son Dieu, et lui sera mon fils ». Voilà ce qui fait de notre humanité – de chacune de nos existences en même temps que de notre aventure commune – un don magnifique, le don par excellence plutôt qu’un destin ou une condamnation.

Cette parole de confiance permet d’entrer dans le combat de Dieu pour que vivent les humains. Car il y a un combat évoqué ici par cette mosaïque de l’Apocalypse, une œuvre que Luc admirait et qu’en artiste, il a fait parler en quelque sorte. Oui, il y a un combat pour l’humain car il y a aussi de puissantes forces de mort et d’anéantissement. Le visionnaire de l’Apocalypse convoque dragons, chutes d’étoiles, Satan pour exprimer la puissance de ce qui déshumanise et qui porte aujourd’hui des noms très concrets.

Luc était très sensible à ces forces de déshumanisation qui, ici notamment, détruisent l’estime de soi et le goût de vivre. Mais, avec et comme le visionnaire de l’Apocalypse, il croyait encore bien plus à la victoire de Celui qui donne et redonne toujours la vie jusqu’à la ressusciter.

La parole de résurrection que l’on prononce ici au pied de cette impressionnante mosaïque, elle n’est pas faite pour être cantonnée en ces murs. Cette conviction brûlait le cœur du prêtre Luc. La basilique qu’il a si bien habitée est au cœur de la cité et la parole de vie qui y retentit doit être offerte à quiconque cherche à vivre.

Plusieurs de celles et ceux qui sont ici ou qui participent autrement à cette célébration, ont vécu cette matinée où nous sommes partis de cette table de la Parole vers ces lieux tout proches où se joue la vie des humains : l’hôtel de ville, le palais des beaux-arts, l’école, l’entreprise … Dans l’écoute et l’échange avec des personnes investies dans ce qui se joue là, la Parole a retenti en de nouvelles harmoniques.

Le combat de Dieu et de son Christ pour que la vie véritable soit victorieuse de la mort, Luc l’a soudain vécu d’une manière inattendue dans sa propre chair. Quand cette étape-là survient, les yeux se tournent vers Celui qui est au centre de la mosaïque. C’est lui qui sort victorieux du combat et pourtant il n’a pas l’allure d’un guerrier, mais d’un crucifié. Ce qui sauve nos vies de la mort, ce n’est pas une puissance dominatrice et écrasante, mais la douce et pourtant forte puissance d’un amour qui va jusqu’à l’extrême. Là, la parole de vie se donne en silence et c’est dans l’abandon à la fois douloureux et confiant qu’elle achève sa route et devient mystérieusement plus féconde que jamais.

Luc est entré au plus profond de ce mystère d’un abandon fécond lorsque, après une annonce rude qui l’a bouleversé et mis en colère, il a fait ce choix de se préparer, aux soins palliatifs, à remettre sa vie entre les mains du Père. Ceux qui ont pu le rencontrer alors ont rencontré un homme apaisé et qui rayonnait cette paix.

C’est là que Robert, au cinquième dimanche de carême, lui a lu cet évangile de la résurrection de Lazare que nous venons d’entendre. Et alors que Jésus déclare : « Celui qui croit en moi-même s’il meurt vivra » et où il demande à Marthe : « Crois-tu cela ? », Luc a repris à la suite de Marthe et de combien de femmes de Pâques qui ont osé croire, avant les hommes, au don toujours offert d’une vie ressuscitée, Luc a repris : « Oui, je crois ».

Paul Scolas

                                                   

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